Conference on the Tunisian Revolutions on November 9, 2011 in Paris

La Tunisie: Forces en présence et enjeux des élections tunisiennes

La révolution du « jasmin » a été le fer de lance, une rampe de lancement de ce qu’il convient d’appeler

désormais le « printemps arabe », qui a enregistré successivement la chute de deux dictateurs d’un gros

calibre, j’ai nommé Ben Ali et Moubarak.

L’effet de dominos est terrible pour les autres, que ce soit en Libye ou le régime pernicieux de Ghadafi n’a

fait que prolonger l’échéance au prix d’un terrible massacre de population et a finit par connaître une fin

terrible, digne des dictatures les plus ignobles.

Ailleurs, notamment au Yémen, l’actuel président Ali Salah au pouvoir de plus plus de trente ans saisit le

ballon en vol et annonce qu’il ne briguera pas un nouveau mandat et qu’il ne chercherait pas à installer son

fils au pouvoir à sa place ce qui était bien programmé. Néanmoins son règne me semble t-il touche à sa fin, il

ne fait que ces semblables, prolonger l’échéance qui se rapproche inexorablement.

En Jordanie le roi sent la révolte se rapprocher et annonce toute une série de réformes doublée d’un

remaniement ministériel, quant à la Syrie le président Bachar avait tenté de contrôler la colère de la rue en

annonçant une série de mesures en faveur des couches de société les plus démunies comme la baisse du prix

du chauffage et de l’essence, ce qui n’a pas suffit à calmer des foules tous les jours plus nombreuses qui

réclament non seulement la fin du régime alaouite mais de plus en plus la vengeance. Voilà à mon sens une

tentative à la fois insignifiante et tardive pour tenter de relativiser la portée de la contestation qui grandie

d’un jour à l’autre.

Ce qui est acquis, c’est qu’un vent de changement souffle désormais sur le Maghreb et tout le monde arabe et

plus rien ne peut arrêter ce désir ardent des populations arabes à une meilleure gouvernance qui passe

inévitablement par la fin des régimes autocrates et incompétents qui depuis plus de 20 à 40 ans se sont servis

plutôt que de servir.

Après plus de cinq décennies, la Tunisie vient de connaître sa toute première élection libre et transparente de

sa jeune histoire. Les Tunisiens viennent de voter pour élire une nouvelle assemblée constituante à laquelle il

faudrait transférer l’autorité de l’État, sa fonction serait dès lors d’établir une nouvelle constitution le plus

rapidement possible, de réorganiser les institutions et les lois, jugées défaillantes. Son principe doit

correspondre à une réaffirmation de la volonté populaire, et traduire dans les faits les objectifs de la

révolution qui se déclinent en trois priorités aussi essentielles les unes que les autres. D’abord le Tunisien

exige d’être rétablit dans sa dignité, confisquée le long de ces dernières décennies par deux régimes aussi

omnipotents; réaliser l’égalité économique, condition sine qua non pour assurer l’égalité sociale qui passe par

une lutte acharnée contre le chômage endémique ( plus de 14% de la population active en Tunisie soit près

de 750.000 demandeurs d’emploi) principalement des jeunes diplômés et même sur diplômés

.

Quelles sont les forces en présence?

Même si la contestation a été et restée plutôt populaire, les différentes forces politiques tunisiennes qui ont

soutenu et accompagné ce mouvement ont été profondément divisés sur le devenir de la révolte. Cette ligne

de fracture est apparue entre d’un côté, ceux qui pensent qu’il faut renforcer la démocratie naissante en

mettant fin définitivement au processus contestataire, ils sont partisans d’une certaine normalisation

sécuritaire, basée sur un compromis historique entre les partisans de l’ancien régime, les opposants

indépendants et les représentants du syndicat unique UGTT (Union générale tunisienne du travail). Pour eux

c’est le seul moyen pour assurer le retour à la normale et asseoir définitivement la sécurité et l’ordre public,

condition essentielle pour réussir les premières élections véritablement libres dans ce pays.

C’est la position défendue par Néjib Chebbi fondateur du (Parti démocratique progressiste, PDP), ancien

opposant à Ben Ali, on peut également parler du cas de Moustapha Ben Jafar, président du Forum

démocratique pour le travail et la liberté ( FDTL).

D’autres groupes plus intransigeants, appellent à éradiquer toute trace de l’ancien régime et de l’État-parti, et

rejettent tout compromis et toute ouverture vers les caciques de l’ancien régime. Cette position est défendue

bec et ongle par notamment Moncef Marzouki (Congrès pour la République) et des membres du Parti des

ouvriers communistes tunisiens (POCT).

D’autres forces politiques et des représentants de la société civile soutiennent cette position, c’est le cas du

mouvement des « diplômés chômeurs » de l’intérieur du pays. Ces derniers souhaitent pousser jusqu’au bout

la « révolution démocratique », afin de donner naissance à un nouveau régime politique, économique et

social. Ces deux camps n’ont pas une réelle différence de culture politique, ils sont animés par des idéaux

démocratiques. Ce qui les sépare fondamentalement, c’est la stratégie de rupture et le refus de toutes espèces

de collaboration avec les anciens.

Quel est le rôle de l’armée dans cette phase cruciale de transition?

L’armée tunisienne a tenu à apparaître comme l’ultime rempart face à la violence, qui a ensanglanté la

Tunisie depuis le déclenchement de la révolution. Elle a fermement refusé de tirer sur la population évitant

ainsi des drames encore plus difficiles à supporter, mieux encore l’institution militaire s’est même opposée

dans certaines villes notamment du Sud d’où est partie la première étincelle, aux policiers voulant mater

dans le sang la révolte.

Nul doute que les militaires tunisiens, ont joué un rôle déterminant dans cette transition. L’armée a non

seulement réussi à pousser Ben Ali vers la sortie, elle avait également neutralisé les membres de l’appareil

sécuritaire, qui pouvaient être tentés par un durcissement face à la rue et tenter ainsi leur va tout c’est à dire

Ben ali ou le chaos. L’armée était bien dans son rôle, en effet elle aurait pu au pire assurer l’ordre public et

permettre ainsi à Ben ali de se maintenir jusqu’à sa fin de son mandat initialement prévu pour 2014, mais elle

ne l’a pas fait considérant que le régime de Ben ali était trop discrédité, dès lors elle a su convaincre le

président et son clan de partir pendant qu’il était encore temps.

Il faut tout de même rappeler que l’institution militaire tunisienne composée seulement de 35.000 soldats

dont 27.000 dans l’armée de terre, était historiquement, toujours tenue à l’écart des affaires. Les généraux et

les moins gradés n’étaient pas mêlés aux affaires, ne se sont pas enrichis sur le dos du peuple, ce qui n’est

pas le cas de haut responsables du ministère de l’intérieur, très proches de l’ancien régime, qui ont largement

bénéficié du largesse de l’ancien parti-état, le RCD, en échange de leur loyauté. En somme, l’armée n’était

pas liée avec les intérêts mafieux et claniques du pouvoir déchu, dès lors la comparaison n’est pas permise

avec le cas de l’armée égyptienne, syrienne et algérienne, car l’une et l’autre a des liens étroits avec le régime

et a des intérêts soit dans la secteur industriel et mieux dans la gestion de la richesse pétrolière comme c’est

le cas de l’armée algérienne.

Si l’on peut parler d’action ou de comportement républicain de l’armée tunisienne dans la gestion de la fin du

régime de Ben ali, il faut cependant se garder de jeter que des louanges sur cette institution, faut-il dès lors

parler plutôt d’un rôle républicain de circonstance.

En effet il faut s’en rappeler que c’est cette même institution qui a maté dans le sang les deux soulèvements

de 1978 et de 1984, réprimant ce qu’on a appelé « la révolte du pain » suite à une augmentation massive du

prix des matières de premières nécessités tel le pain, la farine et le sucre. J’étais mois-même jeune étudiant

lors de la première révolte, partie de ma ville natale région combien réfractaire au pouvoir central de

Bourguiba comme de Ben ali, j’étais témoin de la férocité de la répression de ce mouvement populaire

notamment des jeunes étudiants. Cependant on peut porter au crédit de l’armée le fait que les circonstances

ne sont pas les mêmes même si une mort reste une mort.

Puisque les sources de légitimité du régime était totalement épuisées, et la corruption généralisée a atteint

une ligne rouge, c’est cette impasse qui a conduit l’armée à se mettre du côté du peuple et exiger le départ du

dictateur. Cette réaction a été dictée par une analyse pragmatique d’une situation extrême, les généraux en

étaient convaincus qu’une répression violente de la population comme celle de 1978 et 1984, ne pouvait que

conduire au chaos voire à davantage d’affaiblissement de l’armée .

En effet, l’armée a été laissée non seulement hors-jeu sur le plan politique, mais surtout en dehors de la

distribution des richesses : l’armée tunisienne était mal lotie, pauvre et mal équipée, elle a par conséquent un

intérêt quelque peu corporatiste de voir naître un régime démocratique qui lui redonnera toute sa place en lui

assurant un budget plus conséquent.

Aujourd’hui l’institution militaire, vu la fluidité politique actuelle et le désordre ambiant, peut jouer un rôle

central dans le processus politique qui ne fait que commencer, après la réussite de la première expérience

électorale tunisienne, par la pacification sociale, en jouant entre registre sécuritaire et interface entre les

forces vives du pays.

Qu’en est-il des partis politiques?

De tous les partis politiques, c’est le mouvement Ennahda qui a retenu l’attention des citoyens tunisiens mais

également des pays voisins et du monde

Le cas des islamistes d’Ennahda

Quelques rappels historique pour bien mettre les choses dans leurs contextes:

De toutes les tendances islamistes maghrébines, l’islam politique tunisien est celui qui a laissé le plus

d’espace au débat politique du moins dans sa dimension théorique. Ce mouvement est né dans la décennie

1970 à un moment où l’essentiel de l’espace politique tunisien était largement dominé par les forces de la

gauche tunisienne.

Le leader du mouvement Rached Ghanouchi ne s’est converti aux thèses des frères musulmans que

tardivement c’est à dire lors d’un voyage d’étude effectué au Caire. Professeur de philosophie il est rentré en

Tunisie en 1969 pour créer d’abord une association dite de « sauvegarde du Coran », puis un parti politique le

MTI « Mouvement de la Tendance Islamique » qui changera de nom en 1989 pour prendre son appelation

actuelle d’ Ennahda.

Son mouvement prend alors un essor important notamment parmi les jeunes, un de ses lieutenants déclarera

plus tard je cite «

Notre opposition était aussi radicale que celle des marxistes, comme eux nous parlions de

justice sociale, mais en plus notre discours était identitaire. Nous avions la clé du succès

“, je veux parler de

Habib Mokni, un militant d’Ennadah exilé en Europe .

Le MTI développe une importante activité sociale. Il crée des comités de quartier, des associations de

bienfaisance. Cependant et à la différence des autres mouvements islamistes, il adopte une approche plutôt

légaliste et revendique sa légitimité de partis politique comme les autres, ce qui n’était pas du goût du « rais

Bourguiba » qui ira jusqu’à exiger sa condamnation à mort en 1987. Il répétait souvent qu’il n’y a pas je cite

«

de la place en Tunisie pour un parti religieux ».

Le général Ben ali profite alors de l’état de santé de Bourguiba pour le déposer suite à ce qu’on a appellé le «

coup d’état médical

» déclarant qu’il n’y a pas de place à un parti religieux en Tunisie et que je cite « la

greffe islamiste ne prendra pas en Tunisie

».

Dans les premières élections législatives de l’ère Ben ali, Ennahda est autorisé à se présenter sur des listes

indépendantes ( des listes violettes, son score officiel était de 13%; en réalité sa liste a enregistrée plus de

30% des suffrages).

La deuxième phase est connue c’est celle de la répression , le déclenchement de la crise algérienne suite à la

rupture du processus électoral qui a donné une large avance aux islamistes algériens du FIS, le choix du

quadrillage de l’espace politique l’emporte alors, preuve que le pouvoir a pris peur du danger que constitue ce

parti. C’est en 1992, que Ghannouchi choisit l’exil à Londres

Pendant toutes ces années d’exil des leaders historiques d’Ennahda, une question lancinante se posait à tous

les partis d’opposition de gauche et du secteur associatif: faut-il associer les islamistes à la lutte contre le

régime corrompu de Ben ali? Là on trouve une cassure bien lisible entre les laïcs qui refusent

catégoriquement alors que d’autres pensent qu’au contraire, le parti islamiste ne peut être exclu.

C’est le deuxième clan qui l’emporte, quand en 2005, plusieurs partis d’opposition dont Ennahda et des

personnalités indépendantes créent «

le collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés », ils décident

de militer de concert pour la défense des libertés fondamentales par la promotion de la démocratie en Tunisie

mais également le respect des acquis de la Tunisie notamment sur la question des droits de la femme

tunisienne.

Aujourd’ui, il est certain que les islamistes n’ont pas disparus, ils ont simplement changé, du moins nous

l’espérons. Ce partis ( exception faite de son bras le plus rigoriste notamment les salafistes) n’est plus porteur

d’un autre modèle économique, «

il est devenu conservateurs quant aux moeurs et libéral quant à

l’économie

» pour reprendre l’expression d’Olivier Roy

Les groupes islamistes sont aujourd’hui devant un choix qui dans les deux cas peut conditionner leur avenir

dans un sens ou dans un autre: ou ils s’identifient totalement à un islam rigoriste, jihadiste et salafiste, et là ils

perdront toute prétention à vouloir inscrire l’islam dans la modernité, ou bien ils vont devoir faire davantage

d’efforts pour repenser leur conception des rapports entre la religion et la politique.

Sans être affirmatif, il me semble que ce parti est intégré dans le forum démocratique puisque nombreuses

sont les formations politiques d’opposition qui ont discuté et mis en place avec ce parti des stratégies

d’action politiques et à cet égard on peut penser que qu’Ennahda est déjà bien intégré au jeu politique

tunisien. Pour Ennahda et pour son leader Ghannouchi, le modèle n’est pas l’islamisme radical ou

l’islamisme salafiste de type saoudien, mais plutôt le parti AKP qui dirige actuellement la Turquie. Il est

vrai que ce partis a su concilier politique et si non islam du moins authenticité. Il rejette le modèle de l’ex-

FIS algérien et, à fortiori, des Talibans ou d’Al Qaïda. Quoi qu’il en soit, le résultat est sans appel, comme ce

fut le cas pour le mouvement Hamas palestinien hier, c’est désormais Ennahda qui représente le choix

majoritaire du peuple qui s’est démocratiquement exprimé en dépit de quelques incidents ici et là, aussi sa

légitimité ne pourrait nullement être mise en cause. A lui de rassurer et d’apporter des gages claires sur ses

intentions et sur la nature du projet politique qu’il défendra. En un mot c’est à Ennahda de convaincre en se

soumettant à quatre conditions essentielles à mon sens:

1

)Admettre le principe inaliénable de la séparation fonctionnelle entre le politique et le religieux, en

d’autres terme renoncer à son projet d’État islamique ou de théocratie musulmane en Tunisie surtout

quand on connaît ses redoutables conséquences pour la démocratie et les droits de l’homme, c’est à dire

accepter le jeu parlementaire et prôner un libéralisme économique teinté de social, et surtout un certain

pragmatisme avec les autres démocrates.

2

)Que ce parti annonce clairement sa conversion au fikh du juste milieu qu’on peut traduire par “Droit

musulman” signifie littéralement “réflexion, compréhension, intelligence, sagesse” et désigne plutôt “la

science de la Loi”.

3

)Qu’il déclare son ralliement au règlement pacifique des conflits politiques

4

)Enfin qu’il proclame son soutien aux acquis de la femme tunisienne en acceptant le statut personnel. En

somme renoncer à l’identité intégriste de l’islam politique.

Ce n’est que dans ses conditions que ce parti pourra retrouver sa place dans l’échiquier politique tunisien ,

qu’il lui reviendra de droit comme les autres composantes et les sensibilités politiques de la Tunisie nouvelle.

C’est ensemble que toutes ces forces politiques, les forces vives du pays issues de la société civile, les

intellectuels, les experts, les universitaires, les mouvements féministes et notamment la frange de l’électorat

tunisien susceptible d’être identifiée comme la plus attachée à son identité islamique sans pour autant adhérer

à l’islamisme politique, qu’ils peuvent créer les conditions indispensables pour réussir la période de transition

en cours et préparer le chemin vers une réelle démocratie participative, ce qui sera une première dans le

monde arabe, du moins je le souhaite ardemment.

La réussite de cette étape charnière exige de relever de nombreux défis notamment économiques.

Les défis post-élections

Les défis sont nombreux et personne n’a le droit à l’échec ou à une deuxième chance, car les Tunisiens

resterons vigilants et exigeants à la fois. Cette élection doit en effet permettre que cette avancée

démocratique, puisse traduire dans les faits la réhabilitation de la dignité des citoyens de ce pays et par

extension, réaliser les attentes économiques et sociales d’une grande majorité de la population tunisienne

longtemps marginalisée. Néanmoins chacun sait que si le politique s’inscrit dans la durée, l’économique et le

social s’inscrivent plutôt dans l’urgence surtout quand elles prennent la forme de demandes individuelles pour

sortir de la misère économique et son corolaire, la marginalisation sociale.

Le défis économique est de taille. La Tunisie a aujourd’hui un besoin énorme en investissement, d’après le

dernier rapport de la BEI ( Banque Européenne d’investissement), la région maghrébine a besoin dans les 10

années à venir d’au moins de 300 milliards d’euros d’investissement et la création de plus de 30 millions de

poste d’emploi ) pour pérenniser la situation dans cet espace maghrébin.

La dette tunisienne est estimée aujourd’hui à plus de 19 milliards de dollars, certaines estimations parlent de

30 milliards, dans un pays qui compte plus de 750.000 chômeurs dont 50% en sont des jeunes diplômés. Au

delà des aides européennes et des prêts contractés auprès du FMI, deux logiques combien destructrices,

suivies depuis l’indépendance du pays qui ont montré les limites de cette gestion gouvernementale, je

rappelle que la Tunisie a été toujours désignée comme le bon élève du FMI le long du règne de Ben Ali.

Il faudrait sortir de cette logique à sens unique et compter désormais sur la capacité et le génie de la jeunesse

tunisienne à l’intérieur comme à l’extérieur en activant ce gisement humain perdu et retrouvé, constitué par

les compétences à l’extérieur du pays, estimées à plus 100.000 personnes, très attachées à leur identité et le

sont davantage aujourd’hui par cet espace démocratique libéré par la révolution salutaire de ce début d’année.

Outre ces compétences, la Tunisie bénéficie de plusieurs atouts non négligeables, une société sans ethnie,

une identité arabo-musulmane réaffirmée depuis la constitution de 1959 notamment dans son article premier

qui rend tous débat autour de cette question nul et non avenu, un niveau de scolarisation élevé, une culture

et une maturité politique aiguisées par la dernière révolte, un consensus national retrouvé après tant d’années

de division et de peur et une armée apolitique du moins pour le moment et qui n’a pas à priori d’ambitions

politiques nourries en Tunisie.

Ce climat est par conséquent propice à ce que les prochains élus de la nation travaillent rapidement et

efficacement en vue de réaliser les objectifs immédiats de la révolution et faire de la nouvelle Tunisie un

nouveau pôle d’attraction régionale en réactivant le commerce intra maghrébin par une politique volontariste

tournée vers l’augmentation des échanges commerciaux et l’innovation économique par des grands projets

notamment dans le domaine touristique entre Tunis et Rabat notamment dans le secteur touristique, entre

Tunis et Tripoli dans le domaine du savoir faire tunisien notamment médical ou encore entre Alger et Tunis

dans le domaine de l’énergie.

En somme il faudrait que les élites politiques tunisiennes sortent de ce débat inintéressant sur la question

identitaire qui n’est guère fondamental pour la Tunisie parce que précisément tranchée même si une partie

reste à mon avis frappée aujourd’hui encore d’obsolescence par rapport aux attentes de la société tunisienne

Exactement comme l’eau alimente les plantes, les citoyens doivent s’impliquer dans les différentes

formations qu’ils jugeront utiles, qu’elles soient politiques ou appartenant à la société civile, ce qui

commande de rester vigilants sur les risques d’autoritarisme de quelque nature qu’il soit. En effet le

travail pédagogique et l’apprentissage de la démocratie ne font que commencer en Tunisie. Les partis

politiques, la jeunesse et les représentants de la société civile doivent rester vigilant à ne pas polariser la vie

politique tunisienne à la seule question de la place du politique et du religieux. A cet égard, c’est à l’aile

modéré d’Ennahda qui aspire à la reconnaissance d’un parti islamo-démocrate à l’instar des « chrétiensdémocrates

» européens, de se manifester pour rassurer tant à l’intérieur que les différents investisseurs

étrangers de la Tunisie.

Parallèlement, il faudra maintenir et consolider le dialogue avec les militants d’Ennahda, avec pour objectif

de faire basculer le rapport de force au sein de ce parti en faveur de la démocratie et de la modernité, si l’on

veut pas déchanter demain. Je pense en effet que la société tunisienne doit en finir avec la dialectique de la

soumission, elle se doit de préparer les conditions du passage d’une situation pré-politique ou pré-étatique à

une démocratie réelle, qui passe par la création d’un espace laïque libérant les énergies et admettant le

pluralisme comme condition sine qua non pour la démocratie et pour l’État républicain car il ne peut y avoir

de république sans démocratie. En somme il faut réinventer la république, encore faut-il admettre que la

république est une création incessante et un inachèvement permanent.

Dr Troudi Mohamed

Co fondateur, trésorier et directeur du MENA au sein de l’OBGMS, enseignant chercheur en relations

internationales et stratégiques assoicié à l’Académie géopolitique de Paris, politologue et analyste en

politique étrangère, spécialiste du monde arabo-musulman.

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